Avant de poursuivre mes récits du périple marocain, juste une petite précision : je vous ai fait part durant ces premiers jours de notre surprise face au mode de retributions des guides, au "marchandage" inhérent à tout achat dans ce pays, etc mais en aucun cas je ne considère les marocains coupables de malhonnêté.

Certaines y ont vu une forme de "vol" mais pour moi ça n'est pas le cas : si les touristes - dont Gaston et moi - arrivent au Maroc sans se renseigner auparavant sur le modus operandis des achats qu'il s'agisse de services ou d'articles (babouches, sacs etc), il est quasi-certain qu'ils paieront le prix fort. Il faut savoir que le salaire mensuel moyen d'un ouvrier dans l'industrie au Maroc est de 2000 dirhams, soit à peu près 200 euros. Après, c'est aux touristes de "mesurer" le prix qu'on leur demande à la lumière de cette information et de marchander en conséquence... 

La plupart des touristes vivent, je pense, la même expérience que nous lorsqu'ils viennent au Maroc pour la première fois.  Les 2-3 premiers jours, ils font des erreurs et paient plus chers qu'ils ne devraient... ensuite ils "savent" et discutent le prix.

Le seul moment où nous avons eu le sentiment d'être rackétés fut au passage de la douane marocaine à Ceuta où les formalités sont assez longues et très particulières en ce sens qu'en plus du personnel douanier et administratif commun à tous pays, gravite également au abord de la douane une kyrielle d'hommes se disant officiellement mandatés pour aider les touristes à "faire les papiers", arguant que sans eux "tu vas mettre trois heures" et qui ne font rien d'autre en fait pour l'un d'indiquer la file de voitures à suivre où de toute façon on devra forcément passer puisque pas d'autre issue et/ou pour l'autre, d'accompagner les étrangers jusqu'aux bureaux (pourtant bien indiqués) où là tout se fait sans qu'ils interviennent en aucune façon, se contentant de rester à côté sans même dire un mot mais n'omettant pas de demander à leur "client" et ce de façon très insistante un "remerciement financier" pour leur aide !

Et à la limite, il vaut mieux s'y plier et donner quelques billets par ci par là car, si à l'aller pris de court nous n'avons pas réagi et avons dû sacrifier au bakchis, au retour nous avons refusé de payer un deuxième "aide", déjà ulcérés que nous étions, après qu'un 1er nous ait soulagé de quelques billets pour le seul fait de nous indiquer la file de voitures devant nous ! Ce deuxième aide, très mécontent, est allé discrêtement dire deux mots à l'un des douaniers qui a bloqué et a fouillé notre véhicule de façon prolongée et complètement farfelue (l'oreille collée au plancher tout en tapant avec un tournevis, examen  minutieux de quatre bananes placée dans un panier à fruits dans la soute, ouverture des placards à vêtements mais sans même en vérifier le contenu, etc) la manoeuvre n'ayant d'autre but que de faire durer le plaisir, en l'occurence une bonne demi-heure !

C'est pénible mais il faut y passer. N'imaginez pas que je sois près de mes sous, non, pas du tout. Mais autant je n'ai pas eu regret à payer certains services de guides (officiels ou non) dans différentes villes du Maroc, parfois bien au delà des tarifs normaux parce qu'au moins il y avait une prestation réelle et un contact sympathique avec ces hommes, autant à Ceuta cela s'apparente littéralement à du racket et cela nous a prodigieusement agacé ! C'est bien le seul constat négatif que nous ayons à faire envers ce pays.

Un conseil à donner à de futurs voyageurs pour le Maroc ??? oui, un seul ! Ne dites jamais que c'est votre première fois au Maroc parce que là c'est open-prix !

Puisque j'en suis à parler de Ceuta, je peux vous dire que cette ville, dès notre arrivée, a été le lieu de deux chocs assez importants pour nous

- au départ d'Algeciras, en Espagne, à l'embarquement sur le ferry, il y avait non seulement des camions, voitures, camping-cars mais aussi trois mini-bus encadrés d'un nombre important de véhicules de police. Dans ces mini-bus, plusieurs dizaines de jeunes africains, vraiment très jeunes pour certains, presque des gamins, qui étaient reconduits manu-militari en terre africaine... Pas de petit café pris sur le pont supérieur du ferry pour eux : le voyage s'est fait dans les bus en soute !  Que deviennent-ils ces mômes là-bas après ? Comment retournent-ils dans leur pays d'origine ? Sont-ils livrés à la rue ou parqués dans des camps ? Bien des questions sans réponse... mais leurs visages derrière les vitres grillagées me poursuivront longtemps. 

- le deuxième choc nous a saisi au passage de la douane pour entrer au Maroc. Ceuta  est une enclave espagnole au Maroc et c'est également (pour ne pas dire surtout) une zone franche détaxée ; nous avions beau l'avoir vu à la télévision dans des reportages, voir "en vrai" ces centaines de femmes, véritables mules humaines, passer la frontière chargées à outrance de denrées en tout genre dont des "exploitants" font commerce ensuite auprès des marocains, est très perturbant, très choquant... Traitées comme du bétail, ces femmes sont exploitées parfois jusqu'à la mort par épuisement ou étouffement du fait des charges trop lourdes qu'elles transportent. A les voir, telles des fourmis, avancer en un flot mouvant et interminable, je me sentais mal à l'aise, installée dans mon camping-car douillet où je dispose d'un confort que ces femmes ne connaissent sûrement pas chez elles. C'est un sentiment étrange, difficile à exprimer : je me suis sentie "déplacée", j'ai eu honte d'avoir autant à côté de ces femmes qui n'ont rien ou presque, d'être là en vacances face à leur quotidien terrifiant...

confus

Bien des fois, dans les villages de montagne ou de pêcheurs loin des grandes villes, je me suis sentie mal d'être là en "voyeuse" dans mon camion si bien équipé alors que croisions dles femmes et des enfants alant ou revenant du puits pour la corvée d'eau, ployant sous la charge du bois mort ramassé pour faire le feu ou encore à la vue de ces femmes-enfants au bord des routes

Maroc Casablanca route Moulay Bousselham 121 qui sur des feux de fortune font ouvrir les moules pêchées dans la mer toute proche pour les vendre en sachets "prêtes à consommer" aux touristes qui passent et ce pour une somme plus que modique...

J'ai du mal à accepter d'être "nantie" face à cette pauvreté mais que faire ?

Ne plus voyager dans ces pays qui sont si pauvres  pour ne plus voir cette misère ?

ou continuer à y voyager en se disant - piètre justification - que le tourisme en est une des principales sources de revenus et que ne plus y aller agraverait la pauvreté de la population ? qu'à travers nos dépenses là-bas, nous contribuons à faire avancer les choses ?

J'ai choisi cette deuxième solution même si mes scrupules sont toujours aussi présents.

Voilà, un post moins dépaysant et moins réjouissant qu'un récit de voyage mais qui était à mes yeux nécessaire. 

Promis, je reprends mes récits dès le prochain post...