Le calvaire de Gaston.
Pretty aime Gaston qui aime Pretty... ça n'est pas un scoop ! c'est une certitude qui ne se dément jamais ! jamais ! jamais ! jamais ! .....
sauf ... quand leurs vacances les emmènent sur les routes de montagne, voire de haute montagne !
Parce que Pretty a une phobie, enfin ... elle en a plusieurs hein ! mais on n'a pas le temps ce soir de les aborder toutes, citons vite fait comme ça par ordre phobique croissant : marcher dans de la vase (à la mer ou dans un lac) et la sentir passer entre les doigts de pieds, les serpents, aller chez le dentiste, les bruits de bouche lors des repas (ceux des autres, pas les siens ! encore que.... !) et le vide !
Pretty a peur du vide mais pas la petite peur du vide de tout le monde... non non, Pretty qui n'a déjà que trois neurones en temps normal n'a plus de cerveau du tout dès lors qu'elle est 500 m au dessus du niveau de la mer en terrain dénivellé ! Dans cette situation-là, Pretty ne raisonne plus : elle n'a plus ni mari, ni enfants... Si elle craint que la voiture ne dérape vers le ravin, elle ouvre la portière et elle saute ! Advienne que pourra, elle est vivante !!! Quelque part dans les circonvolutions de son cerveau reptilien, celui qui gère l'instinct de survie, un seul message est délivré : "sors et survis ! le reste tu t'en fous !" et elle obéit... !
Gaston, lui, adore la montagne avec les paysages majestueux et sublimes, les cours d'eau ravinant dans les vallées, les sapins s'étendant à l'infini... et les routes de montagne ! Sortir des parcours bien balisés pour touristes , c'est son credo !!! ce qu'il aime par dessus tout ? les petites routes typiques , celles que la majorité des vacanciers ne prendra pas ! oui, oui, celles-là... celles que vous laissez sur votre droite parce que semblant partir se perdre vers Dieu seul sait où !!! Dieu seul ? que nenni ! Gaston aussi sait où elles vont !!!! enfin quand il est seul dans le véhicule parce que si Pretty est là....
Donc, pour ceux qui suivent, Pretty revient d'un sublissime séjour de 15 jours en Corse ; déjà l'épisode "chaussures à talons massacreuses de pieds" avait privé Gaston des ballades et randonnées dont il rêvait avant le départ ! Devant les souffrances pédicuresques endurées par sa Pretty, il avait fait une croix sur ses envies d'expéditions pédestres ; las, il ne savait pas, le pauvre, qu'il gravissait la première marche de son calvaire...
Passés les premiers jours entre Propriano, Bonifacio et Porto-Vecchio, idylliques (si on fait abstraction des gémissements, gloussements et plaintes diverses de Pretty rapport à ses pieds !), notre couple décide d'aller admirer les aiguilles de Bavella... Gaston étudie la carte et décide d'emprunter une petite route de montagne ; Pretty qui est en plein 2ème tome de Millénium écoute distraitement l'énumération des villages qu'ils vont traverser ! Ce n'est que plus tard sur la route
alors que Gaston lui demande de localiser un village pour se repérer qu'elle réalise qu'ils ne sont pas sur une route JAUNE....
Là je sens qu'il vous faut une explication de texte
: Pour Pretty sur les cartes en montagne, il y a plusieurs types de routes : Les grands axes auto-routiers : autoroutes et nationales et les autres : départementales, les JAUNES et heu.... ce qu'elle appelle avec sa diplomatie toute personnelle, "les petites routes de merde", j'ai nommé les BLANCHES ! Inutile de préciser que Pretty déteste les blanches.... ça va s'en dire !
Or donc, en cherchant le patelin point de repère sur la carte
"c'est écrit tout petit, j'vois rien !!!! meeeeeerde, ça bouge tout le temps en plus.... mais ça existe pas ton bled là !!!!", Pretty réalise soudain que le patelin en question existe bel et bien mais n'est pas situé en bordure d'une route JAUNE mais d'une BLANCHE !!! déjà qu'elle n'était pas très détendue du string vu que tout le monde lui avait dit que la route pour Bavella était "un peu difficile", une route jaune pour elle c'est limite un chemin pour les chèvres mais Boudiou, là elle est sur une blanche
!!!! D'un seul coup d'un seu'l, son estomac se tord, son rythme cardiaque s'élève, sa respiration se fait haletante et saccadée, ses membres se crispent...
la crise d'angoisse est là ! Elle essaie de prendre sur elle et finit par susurrer d'une voix exangue à Gaston : "on aurait du prendre à gauche à la dernière intersection". Ni une ni deux, pas de véhicule derrière, pas de véhicule en face, Gaston entreprend un demi-tour sur la route qui borde un ravin bien ravineux sans le moindre muret ou bordure de protection ;
il n'entend pas Pretty hurler "arrêêêêête" que déjà elle a ouvert la portière et sauté de la voiture ! Il la récupèrera trente mètres plus loin à peine calmée... Gaston n'est pas très content
: il conduit prudemment
, il va lentement
parce qu'il sait qu'elle a peur et il est plutôt mécontent du peu de confiance qu'elle lui accorde !!!! Il le lui exprime vertement
Pretty n'est absolument pas susceptible
, Dieu merci et elle encaisse sans broncher
. L'heure suivante sera très très silencieuse, chacun ruminant de sombres pensées
. Finalement la route de Bavella
s'est avérée n'être rien du tout !! ou alors Pretty s'était fait un tel film que la réalité n'atteignait pas le quart de sa fiction !!!
Leur voyage les conduit ensuite vers le Cap Corse
où Gaston rêve depuis longtemps de passer une semaine entière, projet non approuvé par Pretty qui connait le Cap Corse, peur de sa vie, parcouru lors de leur premier voyage de Bastia à St FLorent, c'est-à-dire (pour les ceusses qui ne connaissent pas, voir la carte) du côté mer, donc du côté ravin ! Depuis Pretty est intransigeante
: le Cap Corse oui (à contre-coeur mais bon, ça lui fait tellement plaisir à son Gaston) mais de St Florent à Bastia, c'est à dire..... 'tain, y'en a trois qui suivent !!! côté montagne !!! comme ça s'il arrivait le moindre pépin, elle aurait le temps d'utiliser sa technique favorite "le saut en marche". Pour les ceusses qui ne connaissent pas, le Cap Corse côté EST c'est une route nationale majestueuse au départ de St FLorent qui va s'amenuisant au fur et à mesure qu'on progresse vers le nord (et dont l'état du revêtement se dégrade aussi en même temps mais il est en cours de rénovation
) et qui borde la mer mais de très très haut ! près de 400 m d'à-pic par endroit et comme en guise de bordure de sécurité il n'y a qu'un rebord à peine plus haut qu'un trottoir... cette natioanle, notée JAUNE sur le plan, mériterait d'être notée BLANCHE... ! Pretty est tétanisée
; elle tente (sans succès) de masquer son angoisse (l'épisode "route de Bavella" flotte encore dans les mémoires...) mais son attitude raidie, sa main gauche crispée sur le siège et la droite aggripant frénétiquement la poignée de la portière la trahissent ! Gaston n'est pas dupe ; il fait tout pour la rassurer et roule à une vitesse de croisière oscillant entre 40 et 50 km/h... remarquez, honnêtement, on ne peut guère aller plus vite par moment donc !!! Mais ça Pretty n'est plus en état de l'intégrer ! elle est en nage
, elle a froid
, elle fixe le bord de la route d'un oeil halluciné
... voui, parce que faut dire aussi que Pretty est une chieuse ! elle pourrait regarder la montagne sur sa droite, admirer les couleurs de la pierre, s'extasier sur une fente dans la roche... que nenni ! elle fixe telle une fada le bord gauche de la route, celui-là même qui borde le ravin et de temps à autre, saute comme une carpe en jettant les bras devant elle au grand dam de Gaston à qui elle fiche une trouille bleue à chaque fois !! Au bout d'un temps certain (Pretty vous dira que ça a duré des heures.... pfffft !), Gaston bifurque sur la gauche
pour s'engager sur une petite route qui mène au port de Centuri qui est, il faut le dire, un petit coin fort agréable ! Mais Pretty tout ce qu'elle voit, c'est que la voiture va vers le vide, sur une petite route qui peut-être n'est plus une blanche mais très certainement une GRISE
(les grises sont pires les blanches ! la preuve : elles sont pas marquées sur les cartes... si c'est pas un signe ça !!!) et que là, c'est sûr, les chèvres elles vont jamais, sont pas folles, elles ! Nous jetterons un voile discret sur la minute d'énervement
qui suivra dans le véhicule ! une minute seulement parce que Pretty réalise que cette petite route est plutôt cool, y'a pas de ravin, c'est beau, bref on s'achemine lentement mais sûrement vers un lieu où le sol est plat et où y'a pas de ravin puisqu'on est dans un port donc au niveau de la mer...!
Le lendemain, départ pour rallier Bastia et finir de parcourir la pointe nord du Cap Corse. A peine sont-ils partis que Pretty signale elle-même à Gaston que la route nationale leur procure une vue magnifique sur le port de Centuri là en bas "tu devrais filmer, c'est superbe !". Ni une ni deux, Gaston s'arrête mais sur cette p----n de nationale, pas de parking à droite au ras des roches ; par contre, une aire a été aménagée
sur la gauche au ras du ravin donc il y gare le véhicule.....
hurlements, ouverture de portière, Gaston a en marre : il fait des efforts, il roule lentement, il fait attention à bien serrer à droite, il se laisse doubler dès qu'il peut pour ne pas ennuyer les autres conducteurs et ça ne suffit pas !!!!!
. Il filme un peu, Pretty boude dans la voiture
! Ils repartent et Gaston est tellement fâché
qu'il conduit à sa vitesse à lui qui n'est pas celle de Pretty mais là, elle opte prudemment
pour le silence et elle se contente de serrer les fesses, serrer les poings, serrer les dents, tout ce qui peut se serrer sera serré et elle arrive à Bastia complètement contractée, les muscles tétanisés ! La journée ne laissera pas un souvenir impérissable dans les mémoires... quoique !
Le lendemain, grande expédition : Gaston et Pretty prennent le train
qui part de Bastia pour rallier Ajaccio et qui passe en pleine montagne, là où les véhicules ne vont pas ! Le GR 20, bien connu des amateurs de rando
, part d'une des villes où le train fait halte). Gaston est tout heureux
! Pretty,est totalement détendue, aussi...
! Le voyage dure 3 h 30, Pretty a pris la précaution d'emporter son crochet pour occuper ses petites mains et accessoirement ne pas penser à ce qui défile sur les côtés et elle crochète donc activement, ballotée par les secousses du train à tel point qu'un freinage subit
cause la chute de sa pelote de coton qui traverse tout le wagon - bondé !! plein de gens debout, touristes lambda et randonneurs très équipés !!! - Pretty est obligée de la suivre à la trace
pour finir à quatre pattes
sous les jambes d'un anglais, quelque peu effrayé par cette française qui veut à toutes fins aller sous son siège... ce qu'elle parvient à faire en dépit du manque de coopération du Mr pour ressortir souriante et victorieuse
avec la fugueuse en main...! Soulagement de l'anglais qui comprend que cette folle n'en voulait pas à ses bijoux de famille ! Rires dans le wagon de ceux qui ont suivi la chasse à la pelote... Gaston prend l'air détaché
de celui qui ne connait pas cette femme assise en face de lui... Pretty reprend son crochet et temps à autre, jette un oeil au paysage, vite fait ! puis s'attarde à regarder parce que franchement, c'est beau ! puis, pose régulièrement pelote et crochet pour délibéremment profiter du spectacle en dépit des vides vertigineux qui bordent la voie, pour finalement dire à Gaston : "ben là, tu vois, j'ai pas peur ! comme c'est un train, ça me sécurise ; ça peut pas dérailler !". Et Pretty prend plaisir à admirer la vue, limite si elle a pas la truffe collée au carreau... pour un peu, elle passerait la tête par la fenêtre, vous savez comme les chiens dans les voitures
!!! oui, enfin bon... c'est une image hein ??? Pretty regarde le paysage, elle l'apprécie mais l'est pas non plus complètement détendue du string comme on dit ! Elle apprendra de la bouche d'amis corses quelques jours plus tard que ce fameux train déraille, tous les ans, et même plusieurs fois par an.... à cause des vaches qui vont dans les tunnels chercher de la fraîcheur et que le train percute, causant le déraillement heureusement sans conséquence jusqu'à présent !
Non vraiment, à la montagne avec Pretty en passagère, Gaston vit un calvaire !
Qui mais qui supporterait une folle hystérique, qui crie
, qui pleure
, qui serre convulsivement le siège et/ou la poignée de la portière, qui saute en marche, qui supplie "aaaaah ralentis..." alors que la voiture plafonne à 30 km/h, qui râle
, qui.... bref qui est positivement insupportable ? hein ???? qui ????? Saluons la patience de Gaston qui supporte ça depuis... hum hum... ouais, plus de trente ans ! 
Tiens, Pretty vous le dit tout net : avec le caractère qu'elle a, si elle devait conduire en montagne dans ces conditions-là.... elle s'arrêterait, éjecterait l'énergumène de son véhicule et finirait le voyage toute seule, tranquille !
Non mais !!!!